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samedi 21 juin 2014
La route de Zumbahua
La voiture s'arrête dans un crissement de pneus sourd qu'un nuage de poussière accompagne. Le chauffeur crie quelques mots incompréhensibles et se précipite dans la baraque.
L'immobilité soudaine fait retomber la poussière, annihile les chaos de la piste, réchauffe le froid qui cingle le visage et les mains. Un léger soulagement. Bref. Le vent n'a pas l'intention d'imiter la voiture. Il continue sa course folle dans ce paysage qui n'a rien à lui opposer. Pas un arbre, une litanie d'herbes hautes jaunies par la sécheresse et plissées par l'incessant courant d'air. Au milieu file la piste dont les extrémités finissent par disparaître.
Et cette baraque, sortie de nulle part. Le toit en tôle ondulée gémit sous les rafales, trois lettres peintes en rouge sur le mur : M.I.R. et ce bout de ferraille qui, lui, refuse de céder face au vent : Coca-Cola, deliciosa y refrescante.
Zumbahua, juillet 1995.
mardi 8 avril 2014
Rio Pastaza
La pluie s'est arrêtée. Enfin. Il flotte dans l'air une odeur d'humidité mêlée de parfums divers qui sortent de la forêt. Un doux voile d'obscurité s'étend, les cris des oiseaux sont de plus en plus espacés, on entend de mieux en mieux les bruissements de l'eau. Au loin, sur la cordillère, les nuages s'offrent une dernière cavalcade.
Il fait nuit, maintenant. Et toujours chaud. Le seul bruit qui subsiste est celui de la rivière qui court vers son aval, là-bas, au cœur du continent, à la rencontre de son grand frère, l'Amazone.
Puyocungo, juillet 1995.
vendredi 28 février 2014
Chimborazo
Les derniers pas sont arrachés à la pente.
Molaires aliénées ouvertes à tous les courants d'air, souffle court, poumons cramés, cerveau-tambour. 5000 mètres, refuge 2. La neige commence à peine. Le sommet est invisible, enveloppé de nuages. On ressent juste la masse énorme qui culmine à plus de 6000 mètres. C'est un moment à soi, pour soi, une sensation géographique presque enfantine : être "au-dessus" du Mont Blanc.
Un vertige d'adrénaline s'empare du corps. Il se précipite dans la pente, se jette de cailloux en cailloux, bondit dans les étendues sableuses, fait jaillir la poussière entre deux hurlements emportés aussitôt par le vent et la solitude. Dans un mouvement furtif de nuages, le sommet esquisse un sourire bienveillant. On s'arrête, interdit, ébahi, rassasié. Et la marche folle reprend.
San Juan est à 5 heures, à 2500 mètres d'altitude.
Riobamba, Juillet 1995
mercredi 19 février 2014
Équateur 2 - Pérou 1
Il est 3 heures du matin. Impossible. Impossible de dormir. Je prends la chaise défoncée de la chambre et je m'installe sur le balcon. Pull, poncho, bonnet et gants, il fait froid. J'allume ma Peter Stuyvesant pour me réchauffer. Sur la place, ils crient, ils boivent, ils hurlent, ils lancent des pétards, ils vomissent dans les recoins sombres, ils chantent "Cenepa, Cenepa, Cenepa" ou encore "Perrruano, hijjjjo de puuuuta", ils s'enlacent, rient et boivent encore. Javier l'avait dit, si on gagne, tu vas voir... . A intervalles réguliers, ils entonnent l'hymne national à pleins poumons. Une libération cette victoire après la frustration du cessez-le feu de février. Là-bas, loin, à Montévidéo, l'équipe nationale a redonné un peu de fierté, de baume au cœur. Rien ne semble pouvoir les arrêter. Jusqu'à quelle heure?
En fin de matinée, dans les rues de Latacunga, ce sont les enfants qui refont le match.
Latacunga, Juillet 1995.
samedi 21 septembre 2013
Chirac Asesino!
Gueule de bois ce matin
Pisco sour martelant les tempes
Javier parti, jusqu'à quand,
Dans une Loja dépressive et haineuse
Boum boum la bombe
De l'atome dans l'atoll
Grand silence catholique
Sur les trottoirs d'Amazonas
Un jouissance haletante
Adultère
Chambre n°4 Residencial Luz Mar
Quito, Juillet 1995
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